Le 22 mars 2016 à la mairie de Paris

Aux grandes femmes, la patrie reconnaissante

Le 8 mars dernier, Journée internationale des droits des femmes (et non pas Journée « des » femmes), les Voix de la Paix ont fait résonner les voix de neuf femmes remarquables pour dans leur engagement convictionnel et citoyen en faveur de la paix et de la fraternité dans le cadre de la République.

De quoi s’agit-il ?

Ce 8 mars, l’association « les Voix de la Paix » débaptise la célèbre place du Panthéon et la renomme « place des Grandes Femmes ». En fin d’après-midi, neuf femmes de différentes religions et convictions se retrouvent à la Mairie du 5e arrondissement pour une table ronde sur le rôle des femmes dans la modernisation des religions ou dans l’engagement militant au sens large. Elles témoignent de ce qui a motivé leur engagement spirituel et associatif pour plus de fraternité et une action de paix au cœur de la société.

Puis elles se rendent sur le parvis du Panthéon, devenu place des Grandes Femmes ; sur le fronton de la mairie une projection laser affiche une maxime qui répond fièrement à celle du Panthéon : « Aux grandes femmes la patrie reconnaissante ». Elles lisent le « Manifeste des femmes pour la paix ». Texte magnifique, dont chacune est l’auteure d’un paragraphe, et qui appelle à une lutte pour les droits des femmes au sein des religions, mais aussi à une prise de conscience de l’impasse sociale et humaine du radicalisme religieux. « Le féminin a été longtemps le visage de cet effacement, et reste, bien trop souvent, le genre de l’éclipse. Or, un système de pensée ou de croyance qui ne fait pas de place aux femmes n’en fera à aucune altérité. […] Tout discours monolithique, dans sa négation de la pluralité des voix, pave la route de tous les fondamentalismes », déclare Delphine Horvilleur, rabbin du Mouvement juif libéral de France, qui représente, aux côtés de Christine Pedotti (Ndr : Directrice déléguée de la rédaction de TC), Dounia Bouzar et Geneviève Jacques, l’une des quatre grandes religions monothéistes.

C’est l’association « les Voix de la Paix » qui est à l’origine de l’événement, organisé avec Florence Berthout, la maire du 5e arrondissement. Fondée par le rabbin Yann Boissière, l’association s’est constituée en mouvement de dialogue entre les religions, spiritualités et mouvements philosophiques et la République. Ce dialogue se veut avant tout empreint de laïcité et de fraternité.

Encore une association interreligieuse ? Pas cette fois. L’association « les Voix de la Paix » se distingue notamment par la participation d’autres convictions et de laïcs. Le 8 mars, avec les grandes religions monothéistes, les bouddhistes sont représentés par Katia Robel, les laïcs par Valentine Zuber et Carole Coupez, de Solidarité laïque, la Ligue des droits de l’homme par Françoise Dumont. Autre différence, l’association défend l’idée que l’art est un vecteur de rencontres et de paix. Ainsi, la lecture du Manifeste est suivie d’un court concert de la chanteuse Djamila Lemouda et de son groupe « Mazij ».

Le 8 mars est une occasion de réaffirmer le rôle des femmes dans les religions et les spiritualités. Dans la plupart des spiritualités, la place des femmes n’est pas à la hauteur des enjeux que l’on serait en droit d’attendre d’une véritable approche spirituelle. Elle n’est pas même à la hauteur du standard qui prévaut actuellement dans la société au sens large, alors que l’égalité réelle n’y est pas encore achevée. « Cet enjeu, pour les spiritualités, n’est pas accessoire, précise le rabbin Yann Boissière. Le féminin est comme la matrice fondamentale de toutes ces altérités. Dans une psyché primitive, qui est loin d’avoir disparu, le féminin est ‘’l’autre’’ par excellence, celui qui bouge les lignes, celui qui pourrait venir semer le trouble et venir contester la suprématie du masculin. La difficulté à faire place au féminin n’a pas d’autres raisons. Inverser cette logique, montrer combien le masculin et le féminin sont leur propre richesse respective et, de manière plus ciblée, valoriser ce que les Anglo-Saxons appellent un « empowerment » féminin, est un impératif et une urgence. »

Une leçon pour chaque jour, jusqu’au 8 mars de l’année prochaine !